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Une sélection commentée de livres jeunesse s'intéressant aux relations humain/animal.

 

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31 décembre 2014 3 31 /12 /décembre /2014 18:37

couv entre chiens

Écrit par Emmanuel Bourdier

Aux éditions Thierry Magnier

(petite poche), 2005

Prix : 5 euros

A partir de 9 ans

 

Le morne quotidien d'un chien dans un refuge : au jour le jour, l'attente, la lassitude, l'espoir... tel est le propos de ce court texte dans lequel l'auteur prête ses mots à Renaud, arrivé l'année des « R », depuis déjà trois ans. Les croquettes juste bonnes à apaiser sa faim, l'heure de la promenade, avec Roméo la brute ou Milou l'amical, le coin du box où il s'abrite à grand peine des intempéries lui semblent pourtant préférables à la misère de sa vie précédente, sous la menace des coups. Parfois, un copain d'infortune s'en va, remarqué par un humain au grand cœur qui lui offre enfin un foyer. D'autres sortent de leur cage en remuant la queue par habitude, avant d'être « éliminés ». Laquelle de ces deux options attend Renaud ? Milou pourrait bien avoir la réponse.

 

Le propre ce la collection « Petite poche » est d'offrir des textes de qualité à des lecteurs peu familiers des livres. Phrases courtes, structures grammaticales simples, alinéas aidant à saisir le sens du texte, telles sont les exigences imposées aux auteurs. Emmanuel Bourdier tire le meilleur parti de cet exercice de style pour faire naître l'émotion sans digression. L'essentiel est dit, tel que peut être interprété le ressenti de l'animal, avec une économie de langage laissant toute sa place à l'empathie. Ceux qui connaissent la vie des refuges y retrouveront sans doute un écho d'instants vécus, et les autres, qui hésitent encore, des motivations pour s'y rendre.

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19 décembre 2014 5 19 /12 /décembre /2014 14:26

couv Kiki

 

 

Écrit et illustré par Ronan Badel

Aux éditions Sarbacane, 2013

Prix : 14,90 euros

A partir de 6 ans

 

 

Passer son temps, seule, à regarder la météo à la télévision, telle est la principale distraction de Rosalie, depuis la mort de son mari. Mais voici que son quotidien s'illumine soudain avec l'arrivée de Kiki, un chiot offert par son fils. Kiki et Rosalie rient ensemble, se promènent ensemble, se régalent ensemble. Mais Kiki prend des kilos et les voisins s'en offusquent. Un dernière bêtise, et la police intervient. Le gros animal se retrouve à la fourrière, avant d'être fort heureusement adopté par une famille avec maison, jardin et copains chiens. Rosalie, elle, part en maison de retraite. Malgré des conditions de vie correctes, chacun se languit de l'autre. Cependant, il y a encore des râleurs dans les parages de la nouvelle famille de Kiki. Elle décide donc de déménager afin d'élire domicile à proximité de voisins aux oreilles trop âgées pour percevoir bruits et aboiements. C'est ainsi que Rosalie et Kiki se retrouvent, après cette longue et triste séparation. Alors, tous les pensionnaires de la maison de retraite sont gagnés par leur joie de vivre et se mettent à rire eux aussi en compagnie des amis canins de Kiki.

 

Attendrissant, hilarant, intelligent, convaincant, cet album est une totale réussite du très doué Ronan Badel. Bien que les sujets de la solitude des personnes âgées, de l'intolérance et de l'égoïsme n'incitent par à sourire, ils sont traités avec un humour capable de susciter l'intérêt des enfants . Il ne leur échappera pas que l'amour des animaux est une puissante raison de vivre pour qui souffre d'isolement et d'ennui, comme cela arrive souvent à l'âge de la retraite et du veuvage. Les scènes de rigolade et les embrassades entre le gros chien et la vieille dame sont irrésistibles de drôlerie. Quand le crayon se fait caustique pour égratigner les mines grincheuses des voisins acharnés à détruire leur bonheur, il trace en revanche avec douceur le décor mélancolique qui environne les amis séparés. En lisant « Rosalie aime Kiki et Kiki aime Rosalie, et ils se moquent bien de ce que peuvent penser les autres », on approuve cette généreuse déclaration, mais elle est bien vite rattrapée par l'impitoyable réalité. Les autres ont le pouvoir de leur nuire. Finalement, on ne peut que se réjouir de leurs improbables et providentielles retrouvailles.

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2 décembre 2014 2 02 /12 /décembre /2014 21:44

couv Pitchou

Ecrit et illustré par Sara

Aux éditions Rue du monde, 2014

Prix : 17 euros

A partir de 4 ans

 

 

D'où vient ce petit chien déposé par une grosse vague sur la plage ? Nul ne le sait, mais comme il est sorti d'un sac dans lequel il était enfermé, on devine aisément ce qui lui est arrivé et à quoi il vient d'échapper. Jeune et inexpérimenté, il fait ses premiers pas sur le rivage et remonte, depuis son estuaire, le cours d'une rivière. La nature lui offre son lot de surprises, parfois effrayantes, trompeuses ou bien opportunes. Un voix mystérieuse semble le guider vers son destin. Il la suit. Et le voici arrivé là où la rivière se fait torrent, dans cette montagne aux apparences si hostiles qu'il croit sa fin arrivée. Mais sa bonne étoile est toujours là, et voici enfin, au bout de son périple, des amis pour l'accueillir et lui réchauffer le cœur.

 

La profonde tendresse de Sara pour les chiens, un de ses sujets favoris, est sans doute aux origines de l'émotion dégagée par ses illustrations en papiers déchirés. Cette technique, qu'elle maîtrise à merveille, fait surgir des pages l'intensité du moment et la fragilité de la vie en mouvement. Le petit chien, perdu dans un décor qui le dépasse, est confronté au surgissement de silhouettes aux contours à la fois nets et confus. La magie opère, et on se retrouve courant à ses côtés, habités par ses perceptions, animés des mêmes sentiments.

Maltraité, méprisé, utilisé, apprécié ou choyé, les chiens sont pour les humains des compagnons de longue date, à tel point que leur vie dépend étroitement de leurs comportements à leur égard. Le petit animal de cette histoire passe de mains cruelles en mains bienveillantes, mais hélas, tous n'ont pas cette chance. Suivons Sara sur ses traces de papier coloré et accordons notre attention à ceux qui en ont besoin. Ça fait tellement de bien d'avoir à ses côtés un petit Pitchou... ou un bon gros toutou !

 

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11 novembre 2014 2 11 /11 /novembre /2014 18:56

couv cerise griotte

Écrit et illustré par Benjamin Lacombe

Aux éditions du Seuil, 2014 

Prix : 5,90 euros        

A partir de 6 ans                    

 

 

 

Un peu boulotte et pas très bien dans sa peau, Cerise n'a plus sa maman et vit seule avec son père, qui s'occupe d'une fourrière. C'est là qu'arrive un jour une petite chienne Shar Pei qui, elle, semble flotter dans sa peau trop grande pour elle. Ces deux là sont faites pour s'entendre. Alors, l'attachement de Cerise pour sa nouvelle amie, qu'elle a nommée Griotte, lui donne le courage de répondre aux attaques et moqueries des autres enfants : ce n'est plus elle qu'il s'agit de défendre, mais sa petite protégée. Mais Cerise est inquiète : elle ne pourra garder Griotte que si personne ne vient la réclamer au bout d'un mois. Et c'est bien ce qui finit par arriver. Pourtant, ce ne sera pas pour Cerise la catastrophe qu'elle redoutait, bien au contraire....

 

Cerise observe le monde et a appris à cacher ses émotions. Petite fille sensible elle se réfugie dans sa solitude, ses livres et ses rêveries. Grâce au métier de son papa elle vit au contact des animaux, des êtres qui ne la jugent pas et dont elle prend le plus grand soin. Sa rencontre avec une chienne au physique, à l'image du sien, particulier, lui permet de trouver en elle-même des ressources insoupçonnées. Le rôle de l'animal familier dans l'évolution d'un enfant en souffrance psychologique trouve ici une interprétation très réussie, même si le « happy ending » force un peu le trait démonstratif. Les illustrations pleine page, hautement expressives, comptent pour beaucoup dans l'émotion qui se dégage des scènes de vie, moments essentiels des relations entres les différents personnages. Parmi eux : les échanges de regards et moments partagés entre Cerise et Griotte ne laissent aucun doute quant à la profondeur et à la force de leur amitié.

           

 

 

 

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2 novembre 2014 7 02 /11 /novembre /2014 19:15

couv Blue Earth

Écrit par Joseph Monninger  

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Marie Hermet

Aux éditions Flammarion (Tribal), 2014

Prix : 12,50 euros

A partir de 12 ans

 

 

Speed est un vieux cheval qui toute sa vie a promené des enfants sur son dos et fait ce qu'on attendait de lui sans jamais se plaindre. Les Ferguson, chez qui il passent sa retraite, estiment que le moment est venu d'abréger sa vie. Mais la jeune Hattie, qui travaille chez eux, ne peut se résoudre à ce que cet animal, qu'elle aime plus que tout, meurt sans jamais avoir connu la liberté. Avec son amie Dolorès, elles décident de l'enlever et de partir avec lui vers l'Ouest, à Blue Earth, où s'ouvrent les grands espaces parcourus par les hordes sauvages.

C'est aussi pour les deux filles l'occasion de marquer une rupture avec leurs familles et de reconstruire avec elles des liens sur de nouvelles bases. Dans ce road trip mouvementé, elles s'offrent de moments de plaisir et de fantaisie, rencontrent des personnages authentiques et généreux, toujours guidées par la détermination de mener à bien leur projet. Leur sollicitude pour le vieux cheval les plonge plus d'une fois dans le doute et l'inquiétude, puis dans le soulagement et l'espoir. Mais la chance est avec elles et deux fringants cow-boys providentiels permettront à Speed de profiter du merveilleux cadeau que Hattie a mis tant d'énergie à lui offrir.

 

La lecture de ce très beau roman nous transporte avec autant d'enthousiasme et d'émotions que ses deux jeunes héroïnes en connaissent tout au long de cette aventure initiatique. Leurs caractères bien trempés et parfaitement complémentaires s'accordent dans une amitié qui sonne juste et leur donne la force de franchir tous les obstacles.

La question cruciale de la valeur de la vie est posée et reposée à maintes reprises par le sauvetage clandestin de Speed. La réponse tient sans doute dans la relation exceptionnelle entre Hattie et le cheval, si parfaitement décrite qu'il est impossible de ne pas partager leur bonheur d'être ensemble : « J'ai passé mes bras autour de son cou. Quand il a posé la tête sur mon épaule, le bout de son nez m'a caressé le dos. Il arrive qu'un cheval se laisse serrer dans les bras, mais avant Speed, je n'en avais jamais vu un seul qui sache rendre les caresses. Il me retenait tout près avec sa tête, et je suis restée un moment tout contre lui, pour lui expliquer à voix basse ce que nous allions faire. Je lui ai dit que je l'aimais, aussi, et il me serrait très fort comme s'il m'écoutait vraiment. Comme s'il comprenait. » Par contraste avec la beauté de cette complicité, l'épisode de la virée au « SPAM » et celui de l'arrêt au Piglets soulignent, en revanche, cruellement le peu de considération accordée à d'autres animaux. Le cochon, affectueux et astucieux, broyé dans l'impitoyable machine de la consommation de masse, mérite-t-il moins de sympathie que le mythique et romantique cheval ?

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16 octobre 2014 4 16 /10 /octobre /2014 21:12

couv grande dune

Écrit et illustré par Max Ducos

Aux éditions Sarbacane, 2014

Prix : 16,50 euros

A partir de 8 ans

 

 

Difficile de parler de ce magnifique album sans en dévoiler le « mystère ». La « dune » laisse présager la proximité de l'océan. Et c'est en effet l'un de ses plus fameux habitants qui est au centre de ce mystère. Un habitant en péril. Lui qui a une solide réputation de sauveteur depuis les temps anciens va cette fois devoir sa survie à l'intervention d'un jeune garçon, lui-même alerté du danger par un autre fidèle ami de l'homme. Nous avons donc : un dauphin échoué pris au piège d'une baïne, un chien errant et débrouillard, un enfant curieux et astucieux, mais incapable de mener à bien son entreprise de sauvetage sans la participation des personnages rencontrés avant d'arriver sur les lieux du drame. Tout cela se combine très bien pour reconstituer une aventure extraordinaire sur le ton d'un souvenir d'enfance merveilleux et inoubliable auquel la minutie des illustrations et le contexte géographique précis confèrent une réalisme digne d'un reportage sur le vif.

 

Neptune est le nom du dieu des océans , mais c'est aussi celui que le jeune héros donne au chien  de cette histoire sans qui cet extaordinaire sauvetage n'aurait pu avoir lieu. Car à la fin , le dauphin retrouve sa liberté, et le chien se lie d'amitié avec le compagnon qu'il a su se choisir. Cette belle histoire de solidarité et cette conclusion optimiste sont très agréables à lire, mais si on se laisse prendre par l'émotion, peut-on pour autant lui accorder une entière crédibilité ? Ce comportement du chien recherchant de l'aide pour un animal d'une autre espèce auprès d'un humain peut laisser dubitatif. Et pourtant, des cas de sollicitude comparables ont réellement pu être observés.  Ils font naturellement partie des éléments qui fragilisent la prétendue singularité de l'humain dans le monde animal. Mais l'émerveillement qu'ils font naître, si bien restitué par le narrateur de cette histoire, est certainement un moyen d'accès à une meilleure prise en compte de la sensibilité de chaque être vivant.

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1 octobre 2014 3 01 /10 /octobre /2014 21:26

couv chat personne

Ecrit et illustré par Amandine Thomas

Aux éditions Mango jeunesse, 2013

Prix : 12,90 euros

A partir de 4 ans

 

 

Ce chat-là est la terreur du quartier : il aime la bagarre, le désordre, et ne s'attache à personne. Cela aurait pu durer encore longtemps si une petite fille, l'ayant remarqué, n'avait décidé de s'en faire un ami. Il faut dire qu'elle a beaucoup de patience et de détermination, car avec cet animal farouche, ce n'est pas gagné d'avance. Or il se trouve que sa persévérance finit par attirer l'attention du petit sauvage qui, ne la voyant pas revenir à sa rencontre, part à sa recherche. Lorsqu'il la retrouve enfin,  il comprend la raison de son absence : malade, elle est obligée de rester dans son lit. Et c'est là que le chat qui n'était à personne s'installe enfin jusqu'à sa guérison. Peut-être même pour un peu plus longtemps...

 

Les chats sont réputés pour leur caractère indépendant, et lorsqu'ils ont décidé de jouer l'indifférence, ils savent se montrer convaincants. Mais on n'est pas obligé d'y croire ! Les connaisseurs du monde félin ne s'y laissent d'ailleurs pas prendre. Et oui, les chats sont des amis exigeants, ils veulent savoir à qui ils ont affaire. Celui de notre histoire est une version à peine exagérée de leur côté baroudeur apprivoisé. La façon dont elle se conclut est sans doute très proche du vécu de ceux qui ont réussi le test de l'amitié féline. Leur pouvoir de guérisseur n'est pas une pure invention et leur compagnie est souvent précieuse pour les malades et les enfants fragiles. D'ailleurs, un certain Orféo pourrait bien se reconnaître dans ces lignes... Et il a encore bien des congénères soignés et nourris dans des refuges qui attendent... d'être à quelqu'un.

 

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24 août 2014 7 24 /08 /août /2014 15:11

couv vét au refuge

Ecrit par Anne-Marie Desplat-Duc

Illustré par Marc Mosnier      

Aux éditions Rageot, 2009

Prix : 5,20 euros        

A partir de 9 ans

 

Caroline veut que son frère l'accompagne au cirque qui vient de s'installer près de chez eux, mais elle doit insister, car Tanguy s'indigne que des animaux y soient donnés en spectacle. Pourtant, en visitant avec lui la ménagerie, elle est choquée par leurs conditions de vie et le persuade de tout entreprendre pour sauver un lion détenu dans une cage étroite. Heureusement, la mère de leur amie Olympe est vétérinaire. De bon conseil pour leur expliquer les longues démarches à entreprendre, elle accepte de leur apporter son aide active.  Cette initiative généreuse déclenche un élan de solidarité dans la classe des enfants, confortés par des professeurs appréciant leur intérêt et leur implication. Il faudra le soutien du directeur d'un refuge bien connu et d'une association dévouée à la cause des animaux sauvages pour que Brutus le lion puisse enfin goûter aux joies de la liberté.

 

Christian Huchedé, directeur du refuge de l'Arche, en Mayenne, sert d'inspirateur à cette histoire qui dénonce la présence d'animaux sauvages dans les cirques. Nombre d'entre, en effet sont venus grossir le nombre de ses pensionnaires parmi d'autres, victimes de maltraitance, de négligence ou d'ignorance humaines.

L'auteur s'attache à tempérer l'élan de sympathie et l'impatience des enfants en leur faisant prendre conscience des difficultés qu'il y a à agir en respectant des procédures, sans pour autant se décourager ni renoncer à ce qui a déclenché leur envie de se mobiliser. Elle les entoure d'adultes bienveillants et compétents, qui crédibilisent leur action. Elle permet cependant à toutes les voix de s'exprimer sur le sujet qui les préoccupe, y compris celle de camarades moqueurs et récalcitrants, et celle des propriétaires du lion à qui on enlève leur « gagne-pain ».

Elle fait aussi l'éloge des arts du cirque qui font preuve d'originalité et d'imagination, sans avoir besoin d'utiliser des animaux captifs pour attirer un un public conquis par des numéros montrant les incroyables prouesses d'artistes humains.

Ce texte facile à lire fait la part belle à l'émotion et suscite l'empathie pour ceux qui font les frais du spectacle. Un livre à mettre entre toutes les mains qui ne sont pas prêtes à applaudir n'importe quoi.

Plus d'infos sur le refuge de l'Arche qui fête en 2014 ses quarante ans, ici :

http://www.refuge-arche.org/

 

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7 août 2014 4 07 /08 /août /2014 21:17

un royaume sans oiseaux

Écrit par Baum

Illustré par Dedieu

Aux éditions Seuil jeunesse, 2013

Prix : 15 euros

A partir de 7 ans

 

L'Inde légendaire sert de cadre à ce conte qui dénonce les conséquences tragiques des caprices d'un maharadjah tout-puissant. Celui-ci, affligé par la mort de son oiseau de compagnie, décrète qu'aucun autre oiseau ne doit lui survivre et lance ses gardes dans une chasse sans merci. Râhi tente le tout pour le tout pour sauver ses oiseaux du massacre et part pour un autre royaume où ils n'auront plus rien à craindre. Il chemine, aidé par la complicité du peuple protecteur et ami des petits volatiles.  Mais à la frontière, il se trouve face à une armée décidée à attaquer ce qui devenu le royaume sans oiseaux. Râhi décide alors de renvoyer ses oiseaux avec un message à la patte. L'un d'eux seulement, sauvé par la fille du maharajah, parvient à accomplir sa mission, et permet à l'armée ainsi prévenue, de repousser l'ennemi.

 

Comme souvent dans les contes, les animaux apparaissent  pour récompenser les héros bienveillants et mettre en garde, sinon punir, les égoïstes. Il existe bien des façons d'aimer, et le deuil sanglant que le maharadjah impose à tout son royaume le range assurément dans la catégorie des seconds. Au contraire, le courageux Râhi, les candides enfants, le peuple laborieux et solidaire et la princesse compatissante se liguent contre sa folie meurtrière. Ils sont par nature les alliés des oiseaux, symbole de joie et de liberté. L'encrage puissant des images se découpant sur des fonds brillamment lumineux souligne la splendeur des décors mais aussi la brutalité des armes, telles les flèches transperçant sans pitié les petits corps abattus en plein vol. Les oiseaux paient un lourd tribut à la conclusion de cet épisode tragique, démontrant puisqu'il en est encore et toujours besoin, que l'acharnement contre la vie finit inévitablement par se retourner contre celui qui s'en rend responsable, entraînant malheureusement dans sa perte tout son entourage. A moins qu'un Râhi ne parvienne à anéantir sa sinistre entreprise...

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28 juin 2014 6 28 /06 /juin /2014 14:08

 

Miss AnnieScénario : Frank Le Gall

Dessin : Flore Balthazar

Aux éditions Dupuis, 2010
Prix : 14, 50 euros

A partir de 8 ans

 

 

 

Miss Annie vit avec ses humains de compagnie, mais nous n'en verrons pas le bout du nez, car tout se passe à hauteur de chat. Nous faisons donc connaissance, par son intermédiaire, de Sonpapa, écrivain en attente de publication, de Dadame, aux journées bien occupées et de la jeune Sarah, accaparée par ses conversations téléphoniques. L'autre animal de la maison est une souris. Contre toute attente, une amitié s'installe entre Miss Annie et cette dernière, à qui elle donne le nom de Keshia. Elle lui confie ses impressions et son envie de découvrir le vaste monde. Envie satisfaite un jour de fenêtre laissée ouverte. Deux anciens l'initient alors aux mystères et aux dangers du dehors. C'est qu'elle promet, cette petite jeune qui se pose des questions et défie l'implacable loi de l'instinct.

 

 

Avec miss Annie, nous sommes entraînés dans un incessant va-et-vient entre interprétation humaine et féline de la vie, qui parfois s'entrechoquent et se mêlent. Dans son langage, d'abord, car nous, lecteurs, avons accès aux pensées de Miss Annie, tandis que sa famille ne perçoit que ses roucoulades et miaulements. Dans ses attitudes, aussi, qui traduisent le bien-être, la ruse, le plaisir, l'agacement, dans un code que notre familiarité avec les chats nous a appris a reconnaître. Alors, lorsqu'elle sent en elle une force qui s'oppose à l'évidence de l'instinct, nous sommes attentifs à son discours, face à ses congénères détenteurs du savoir ancestral :

« Notre instinct nous commande de dénicher les œufs et les oiseaux...

-Comme leur instinct leur commande de s'envoler en nous voyant 

- C'est idiot ! Nous sommes bien assez nourris, il me semble ! Pourquoi faire du mal à des oiseaux innocents ?

- Nul n'est innocent s'il vit, Miss Annie.

- C'est votre amitié avec cette Keshia qui vous met ces idées saugrenues dans la tête.

- Peut-être bien... Il faudra que je pense à la remercier, alors... »

 

Cette chatonne qui raisonne fait écho aux changements qui se produisent lorsqu'on l'on prend en considération les intérêts et la sensibilité de l'autre, une façon pour l'homme de cultiver le propre de son animalité particulière.

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