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Une sélection commentée de livres jeunesse s'intéressant aux relations humain/animal.

 

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11 novembre 2013 1 11 /11 /novembre /2013 11:27

 

 

couv sales bêtes

 

Écrit et illustré par Gilles Bonotaux

Aux éditions Milan, 2006

Prix : 12 euros

A partir de 10 ans

 

Sous cette appellation peu flatteuse de « sales bêtes » se cache tout ce petit peuple qui gâche ordinairement la vie des humains par ses piqûres traîtresses, ses attaques massives, ses grouillements débordants ou, tout simplement, son aspect répugnant. Contre ce délit de « sales mandibules », Gilles Bonotaux s'érige en redresseur de torts. Dans ce recueil facétieux et néanmoins fort instructif, il dresse une drôle de galerie de portraits de cette famille de mal-aimés. Ces « sales bêtes » méritent-ils vraiment leur mauvaise réputation ? Ne les juge-t-on pas trop vite, ignorant que l'abeille sacrifie sa vie pour défendre sa ruche ou que la guêpe est une bâtisseuse hors pair dont le génie humain a su s'inspirer sans la moindre reconnaissance ? Du pou à la blatte, tous y passent, et si on ne peut nier les désagréments qu'ils causent à leurs hôtes involontaires, est-ce une raison pour s'estimer meilleur qu'eux et vouloir leur destruction totale ?

 

L'approche scientifique du sujet est assurément plus exigeante que le ton humoristique pourrait le laisser croire de prime abord. Mais on peut compter sur le talent de Gilles Bonotaux pour s'y retrouver dans les « embranchements », « classes », « ordres », « familles » ou « espèces » qui rebuteraient le débutant. Extrait d'un dialogue entre deux « sales » protagonistes : « Ce n'est pas trop compliqué pour des petits humains ? Non. Pas du tout. Le pou m'a dit qu'ils avaient de grosses têtes ». Même si cette lecture fort instructive et franchement hilarante ne réconcilie pas totalement l'humain avec les agaçantes petites créatures objets de sa réprobation, du moins devrait-elle l'inciter à davantage de modestie. L'illustration finale (qui ne sera pas ici révélée...) conclut pertinemment cette leçon.

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23 octobre 2013 3 23 /10 /octobre /2013 19:41

 

couv enfant de compagnie

Ecrit et illustré par Loïc Méhée

Aux éditions les 400 coups

Collection Grimace, 2010

Prix : 11,90 euros

A partir de 4 ans

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quelle joie pour un enfant de recevoir en cadeau un animal de compagnie ! Mais cette joie est-elle partagée ? Pour réfléchir à cette question, il existe une méthode extrêmement efficace : l'enfant va s'imaginer lui-même dans le rôle de l'animal de compagnie, à travers les différentes situations qui peuvent se présenter à lui dans sa vie quotidienne : nourriture, toilette, repos, jeux... L'animal, quant à lui, devient alors le petit propriétaire, ravi d'observer, nourrir, manipuler... son petit compagnon humain. Alors, lorsque la maman du jeune lecteur lui dira, comme celle de l'histoire : « laisse-le un peu tranquille », il comprendra certainement mieux ce que peut ressentir cet animal « bien » aimé, mais pas forcément « bien » traité, selon ses propres besoins.

 

Grâce à un judicieux jeu de miroir inversé et par le bon usage d'un humour percutant par le texte et l'image, Loïc Méhée fait en quelques pages une brillante démonstration de ce qu'est l'empathie, la capacité de se mettre à la place de l'autre. Il s'adresse à un enfant en âge de l'acquérir et de la développer, en l'incitant à la bienveillance. Sans mettre en cause sa bonne volonté, il l'aide à comprendre les conséquences de ses actes et à mesurer sa responsabilité, à ne pas confondre ses désirs avec ceux de l'autre. Évidemment, il faut compter sur l'expérience pour progresser, car la fin montre que ce n'est pas tout à fait gagné... Mais avec un peu de sens critique, on peut y arriver. Un livre « de compagnie » à offrir sans hésiter !

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9 octobre 2013 3 09 /10 /octobre /2013 20:47

couv kiki

Ecrit par Fred Bernard

Illustré par Julie Faulques

Aux éditions Nathan, 2013

Prix : 10 euros

A partir de 5 ans

 

Kiki la tortue a vraiment existé... pendant 146 ans. Son histoire commence aux Seychelles, pays dont elle (il, en fait, car il s'agit d'un mâle) est originaire. Là bas, son espèce est menacée par l'arrivée des marins sur son île, qui la considère comme une formidable réserve de nourriture. Mais heureusement pour Kiki, l'homme qui l'emporte, ami des animaux, n'a pas l'intention de la manger. Longtemps, monsieur Carrié veille sur elle dans son pays et lorsqu'il repart en France, il ne peut se résoudre à la quitter : elle sera du voyage. Elle devient ainsi une des plus célèbres « pensionnaires » du jardin des plantes, où il lui rend visite chaque jour. Après la mort de Monsieur Carrié, elle continue de recevoir les visiteurs qui l'accompagnaient, et bien d'autres encore.

 

La tortue géante des Seychelles  a de quoi fasciner les enfants, par sa taille imposante tout comme par l'âge qu'elle peut atteindre. Ne s'arrêtant pas à ces performances surprenantes, l'album la présente aussi comme un animal attachant. Depuis sa naissance et ses premières années dans son milieu naturel, jusqu'à son séjour dans son enclos, elle reçoit les soins des hommes qui l'ont recueillie. Pendant cette longue période de vie l'Histoire se déroule, les modes passent, les temps changent. La façon dont les humains considèrent les animaux évolue elle aussi. Lorsqu'ils cessent d'être pour eux des objets de consommation, de curiosité ou de profit, leurs besoins et leur bien-être sont de mieux en mieux  connus et reconnus. Peut-être en constatant leur raréfaction, voire leur disparition, les humains sentent-ils qu'ils font  partie d'un monde fragile sur lequel ils ont acquis une emprise telle qu'elle peut les mettre eux-mêmes en péril s'ils n'apprennent à la modérer ?

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28 septembre 2013 6 28 /09 /septembre /2013 18:19

  couv cerf originale

Écrit et illustré par Jutta Bauer

Aux éditions L'Ecole des Loisirs, 2012

Prix : 9,80 euros

A partir de 4 ans

 

Dans sa maison, un grand cerf : tout le monde connaît la suite. Mais dans cette maison là, rien ne se passe comme d'habitude. Le grand cerf est toujours aussi accueillant pour le lapin, mais le petit animal ne sera pas le seul à profiter de son hospitalité. Entre ses hôtes inattendus, la cohabitation risque de s'avérer difficile, car le lapin est suivi... d'un renard, puis...d'un chasseur et de son chien. Mais personne, finalement, ne dévorera personne. Ni ne repartira bredouille.

 

Contes et comptines distribuent généralement le mauvais rôle à celui qui a faim et le bon à sa victime qui, heureusement pour elle, réussit à lui échapper. Entre les deux, le choix du public se fait aisément. Oui mais, notre cerf avisé, lui, ne veut léser personne. Le renard qui se présente chez lui ne cherche pourtant pas à croquer le petit lapin, très inquiet de le voir entrer dans son refuge. Il tente seulement  d'échapper au chasseur. Lequel ne chasse que tenaillé par la faim - cas de figure aussi improbable dans notre triviale réalité qu'un grand cerf tenant table d'hôte ouverte aux habitants de la forêt. Il est en revanche très vraisemblable que le menu qu'il propose puisse satisfaire chacun d'entre eux. Tout comme l'humour et la vivacité des illustrations colorées réjouiront les lecteurs conviés à cette aimable rencontre, parmi lesquels, sans doute, un moderne petit Edern...

 

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21 septembre 2013 6 21 /09 /septembre /2013 18:07

couv chat perso

Écrit par Sandol Stoddard

Traduit par Françoise Morvan

Illustré par Rémy Charlip

Aux éditions Mémo (2012)

Prix : 15,20 euros

A partir de 5 ans

 

A la lecture du titre à rallonge et de la liste de possessifs, on devine tout de suite l'abus de pouvoir.

Et on a raison ! Comme le montre aussi l'illustration de couverture : un garçon penché sur « son » chat coincé dans un petit lit, l'un essaie, en effet, d'imposer à l'autre ses quatre volontés. Mais quel chat accepterait d'être traité ainsi ? Pas celui-ci, en tous cas ! Car lui aussi possède ses propres besoins et envies, pas forcément compatibles avec celui qui essaie, bien maladroitement, d'obtenir son affection. Mais, heureusement, il existe un terrain d'entente pour tous deux, et une place pour l'amitié partagée.

 

Avec ses à-plats de couleurs noir et rouge sur un fond jaune lumineux, puis le passage à l'ambiance nocturne sur fond noir, la relation compliquée entre les deux protagonistes connaît une résolution bien tranchée. Aux caprices du garçon répondent les revendications du chat, puis un constat s'impose : chacun est libre de disposer de lui-même. C'est à cette condition que peut s'établir une véritable relation, dans le respect de l'autre. Quel meilleur pédagogue que le chat, expert reconnu dans l'art de l'indépendance, pour dispenser cette leçon à un humain qui en a bien besoin ?

 

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9 septembre 2013 1 09 /09 /septembre /2013 19:17

 

couv calpurniaEcrit par Jacqueline Kelly

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Diane Ménard

Aux éditions L’Ecole des loisirs, collection médium, 2013

Prix : 19 euros

A partir de 12 ans

 

 

Le XIXe siècle va bientôt s’achever, dans cette ferme du Texas où vit Calpurnia , entourée de ses six frères. Elle est donc la seule fille, et sa mère entend bien lui donner l’éducation qui fera d’elle un parfaite femme d’intérieur, selon le modèle qui sied à la bonne société de l’époque. Mais Calpurnia, âgée de « presque douze ans »,  a d’autres aspirations, et plutôt que de rester sagement à la maison, consacre tout son temps libre à l’observation de la nature et ne connaît pas de plus grand bonheur que se baigner dans l’eau de sa chère rivière où foisonne la vie. Guidée par sa soif de curiosité, elle se rapproche de son grand-père et parvient à découvrir, sous ses aspects bourrus, des trésors de tendresse et de bienveillance. Elle reçoit de lui un présent inestimable, le livre de Darwin : De l’origine des espèces et apprend à cultiver son esprit scientifique. Mais sa mère n’abandonne pas les projets qu’elle a pour elle et la harcèle avec les cours de piano, de broderie ou encore de cuisine, disciplines dans lesquelles elle est censée exceller. Cependant, tandis que passent les saisons dans une chaleureuse ambiance familiale, Calpurnia confirme ses dons et son caractère hors normes.

Par sa drôlerie et sa naïveté, la jeune héroïne entraîne le lecteur dans le tourbillon de son esprit en éveil. Elle exerce sa curiosité aussi bien sur la nature que sur elle-même et sur son entourage. Ses remarques peuvent prêter à sourire, mais  elles sont bien plus profondes qu’il n’y paraît de prime abord. Le personnage du grand-père, considéré un vieil original que tout le monde respecte, vient ajouter du crédit à son questionnement critique. Celui-ci ne se porte pas seulement sur  l’injustice de la condition féminine, mais aborde aussi l’absurdité de la guerre et l’ignominie de l’esclavage. En faisant de Darwin le maître à penser de Calpurnia, l’auteur s’intéresse à l’évolution dans un sens global.

Evidemment, les rapports que les humains entretiennent avec les animaux en sont un élément moteur. Avec Darwin, l’Homme n’est plus la finalité ultime de la création divine, et le monde se trouve bouleversé. Précurseur d’un nouvel intérêt porté sur le monde animal, il inaugure une série de remises en cause qui se dessinent sous les interrogations de Calpurnia. Difficile de ne voir dans un animal dont on s’est occupé qu’un simple sujet d’étude sans se soucier de son bien être et de rester indifférent à son ressenti individuel quand on lui a donné un nom, comme le raconte l’expérience de Petey, le papillon de nuit. Impossible de ne pas comprendre l’attachement  de Travis, ce jeune frère au cœur tendre, pour les dindes destinées au repas de Thanskgiving qu’on lui a demandé de nourrir, lui qui voudrait recevoir en cadeau pour Noël un âne, animal de ferme qui ne se mange pas. Tandis que de nouvelles découvertes, comme l’automobile ou le téléphone, révolutionnent les façons de vivre, le monde de Calpurnia se prépare à de grands changements, à l’aube d’un avenir aussi étonnant et prometteur que la couverture de neige qu’elle admire pour la première fois à son réveil, le premier jour de l’an 1900.

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31 août 2013 6 31 /08 /août /2013 17:13

 

couv fille singe

 

L'enfance incroyable de Jane Goodall

Écrit et illustré par Patrick McDonnell

Traduit de l'anglais (américain) par Nathalie Azoulai

Aux éditions De la Martinière jeunesse, 2013

Prix : 13,50 euros

A partir de 4 ans

 

Le livre s'ouvre sur une attendrissante photo sépia où l'on peut voir une petite Jane tout sourire portant sous son bras ... un chimpanzé en peluche. Belle et judicieuse introduction pour nous parler de la naissance d'une vocation, celle d'une grande primatologue, mais aussi d'une fervente protectrice des animaux et de la nature. Enfant indépendante, Jane mène ses observations dans son environnement familier, sa curiosité intellectuelle se développant en même temps que ses émotions face au monde du vivant dans tous ses aspects. Tandis que s'enchaînent les événements illustrés fondateurs de sa future carrière, des reproductions de gravures anciennes et des extraits des carnets de la scientifique en herbe accompagnent son évolution vers l'accomplissement de ses rêves. La photo finale fait pendant à la première, mais Jane a beaucoup grandit... et le chimpanzé n'est plus en peluche. Des précisions bibliographiques sont données en conclusions dans un court texte, qui donne envie d'en savoir davantage en consultant les sites www.rootsandshoots.org et www.janegoodall.org .

 

L'auteur illustrateur, Patrick McDonnel est aussi le créateur des fameux Earl et Mooch, deux attendrissants petits personnages de chien et de chat qui évoluent dans des albums et des bandes dessinées aujourd'hui malheureusement épuisés en France. Lui-même investi dans la protection animale, il rend ici hommage, par la clarté du texte, la délicatesse du trait et la douceur des couleurs, à l'enfance prometteuse de son inspiratrice. Le résultat a l'évidence de la simplicité, grâce à quoi il est très probable que d'autres petites « Jane » perçoivent parfaitement tout le sens de ce destin exceptionnel et que ce livre compte au nombre de leurs favoris.

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16 août 2013 5 16 /08 /août /2013 20:15

 

couv mahoutÉcrit par patrice Favaro

Aux éditions Thierry Magnier, 2010

Prix : 10,50 euros

A partir de 10 ans

 

Comment Sid s'est-il retrouvé sur les rives de la Kivari avec pour seule compagnie son éléphant Gajendra ? Avant que badauds et curieux ne s'attroupent autour de celui qu'ils considèrent désormais comme un saint, la vie avait commencé durement pour cet enfant muet, vendu par son père couvert de dettes, à un individu sans scrupules. Plongé au cœur d'une terrible réalité mêlant misères des hommes et des bêtes par son apprentissage de mahout chez Ashraf, le sinistre loueur d'éléphants, il s'enfuit après un accident survenu lors du tournage d'un film, où un animal, rendu fou par l'agitation et les mauvais traitements, cause un grave accident. L'intervention du jeune Lakshmana, compagnon d'infortune, l'avait tiré des griffes de Vigai, le dangereux complice d'Ashraf. C'est encore avec son aide qu'il réussit à reprendre contact avec le professeur Paresh, responsable de la fondation Elephant Wildlife Rescue, dont il n'a pas oublié l'intervention contre les méfaits de son ancien employeur.

Cette rencontre marque un tournant dans sa vie : accueilli dans l' équipe du professeur, il apprend à mieux connaître les éléphants auprès d'Ashoka, un mahout sage et expérimenté. Il noue alors des liens de confiance avec Gajendra, rescapé d'un sauvetage après une confrontation entre paysans et éléphants se disputant les mêmes territoires de survie. Et enfin, soutenu par son amitié avec Pryia, la fille du professeur, il parvient à se remettre du traumatisme qui, enfant, l'avait privé de l'usage de la parole. Il est alors prêt à poursuivre l’œuvre de son père auprès des animaux et des hommes qui veillent sur eux.

 

Construit selon le motif des eaux de la Kivari qui se rejoignent après avoir longtemps été séparées en deux bras distincts, le récit de la vie de Sid débute au moment où il a rendez-vous avec son avenir. Porté par cette dynamique narrative, le lecteur ne pourra échapper à l'envie de connaître les événements qui se sont succédés jusqu'à cet instant. L'alternance entre passé et présent est d'ailleurs marquée dans le texte par des changements de typographie, qui en soulignent les effets. Ce n'est pas par choix que Sid est devenu mahout : des milliers d'enfants ont connu un sort similaire dans l'Histoire indienne. Mais il y a un espoir pour lui d'échapper à la fatalité de la misère et d'accéder, comme les éléphants prisonniers des hommes, à une vie moins contrainte.

Derrière l'image festive et colorée des parades qui séduisent le touriste, Sid parcourt l'envers du décor : les hommes s'acharnant sur leurs bêtes sous l'emprise de l'alcool, l'appât du gain primant sur le respect de la vie, les accidents dont sont victimes les mahouts ou les paysans empiétant sur les terres ancestrales des éléphants, les pièges qu'ils leurs tendent, les « kralls », cages étroites où ils les enferment après leur capture... Mais certains hommes, représentés par les figures du professeur Paresh, de sa fille, ou du sage Ashoka, contribuent, autant qu'il est en leur pouvoir, à apaiser le cours du destin en éveillant les consciences. Lorsqu'Ashoka parle de son éléphant, c'est pour dire : « Les éléphants ont une mémoire sans faille. C'est dans un kraal comme celui-ci qu'il a passé des semaines avant d'accepter enfin sa captivité. Un très mauvais souvenir pour lui. J'ai consacré tout ma vie à mon métier de mahout, mais je peux te dire une chose à présent, Sid : la seule façon de les aimer, c'est de les laisser vivre en liberté. »

Une lecture marquante, à poursuivre par la visite du blog de l'auteur :

http://mots-nomades.hautetfort.com/

 

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9 août 2013 5 09 /08 /août /2013 19:21

 

couv attrape fantôme

Écrit par Alex Cousseau

Aux éditions du Rouergue

(Dac o dac), 2012

Prix : 7 euros

A partir de 8 ans

 

Qu'est-ce que la poésie et à quoi ça sert ? Telles sont les questions que se pose Antonin et auxquelles son étrange rencontre avec un étrange fantôme va lui donner des réponses. Ce fantôme est celui d'un animal, un chevreuil, tué accidentellement par sa mère en voiture. Elle a ramené le cadavre de l'animal dans le coffre et toute la famille donne son avis sur ce qu'il convient d'en faire : l'enterrer ? Le manger ? Confrontée à la vision de ce corps sans vie, l'imagination d'Antonin s'emballe et le conduit tour à tour sur les traces puis dans l'esprit de l'animal-fantôme par un rêve qui a toutes les apparences de la réalité. De cette puissante expérience naît sous sa main un texte poétique, qui s'impose comme une évidence.

 

Les fidèles lecteurs d'Alex Cousseau retrouveront avec plaisir son humour décalé et sa façon joyeuse de jouer avec le langage. Cela n'atténue ni la profondeur ni la gravité de son propos lorsqu'il aborde le sujet de la mort, de la culpabilité, et la difficulté de faire face à des émotions contradictoires. Chacun des membres de la famille réagit à sa façon devant le chevreuil mort. La grand-mère, pragmatique, y voit l'occasion de profiter d'un bon repas offert par la nature et n'a aucun problème pour dépecer une bête dont personne n'a voulu la mort. Le grand frère, amateur de films d'horreur, s'amuse avec la répugnance qu'inspire le découpage d'un cadavre, qui cette fois n'a rien de virtuel. La mère, qui se sent coupable au point de se laver continuellement les mains, est la seule à refuser de manger la victime de l'accident qu'elle a vécu, et dont tous les autres se régalent. Antonin, appréciant la « tendresse » de la viande, trouve dans la poésie une forme d'interprétation du réel qui « retient des poussières de vie » et réorganise les sentiments dérangeants pour les rendre, grâce au pouvoir des mots, compatibles avec sa sensibilité. La vue de l'animal tué par accident met au jour des interrogations autour de la mort et du libre arbitre que n'aurait pas suscitées une viande achetée prête à consommer, provenant d'un animal non identifié, tué délibérément, mais dans l'indifférence. Comme la poésie, elle a le pouvoir de bousculer la force des habitudes de pensée. A chacun de reconnaître celles qui lui sont propres.

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2 août 2013 5 02 /08 /août /2013 20:26

 

couv chat perduÉcrit par Jean-Noël Blanc

Illustré par Jean-Claude Götting

Aux éditions Gallimard jeunesse

(Folio junior), 2008

2 euros

A partir de 9 ans

 

Si Rodrigue n'avait pas voulu s'arrêter sur la route du retour des vacances pour permettre à Balthazar de se dégourdir les pattes, son chat ne se serait pas perdu. Car lorsqu'il se rend compte qu'il a oublié de remettre son panier dans la voiture, même si toute la famille retourne sur les lieux pour faire des recherches jusqu'à la tombée de la nuit, le petit félin reste introuvable. En effet, son attention entièrement fixée sur les tentations que lui offre la nature, ce dernier s'aperçoit trop tard qu'il ne peut désormais compter, pour survivre, que sur lui-même. Pendant ce temps, Rodrigue n'arrive pas à se remettre de cette disparition, malgré le soutien de sa sœur et de ses parents. Faut-il se résoudre à ce que ces deux là soient à jamais séparés, malgré l'attachement profond qui les unis ?

 

Dans la peau de Balthazar, l'auteur nous convie à suivre à la première personne le déroulement des péripéties et des épreuves que sa détermination lui permet de  surmonter. « Je suis un chat », dit-il, « et les chats ne se retournent pas quand ils font ce qu'ils ont décidés ». Juste remarque qui révèle une vraie empathie envers l'animal, capable de discerner ses qualités propres, comme la patience, le courage, la tendresse, la vivacité... Parallèlement, on suit l'évolution des sentiments de Rodrigue, auquel il est lié plus qu'à tout autre être humain. Le garçon est d'abord bouleversé par un lourd chagrin, auquel se mêle la culpabilité. Tandis que ses proches s'efforcent d'y mettre un terme par affection pour lui, d'autres enfants le poussent à le nier en accablant de sarcasmes une sensibilité qu'ils assimilent à de la faiblesse. Le monde est tout autant rude, et bien plus dangereux pour le chat, lui aussi rencontrant bienveillance comme brutalité chez les humains, mais également obligé de développer ses talents de chasseur et de combattant parmi les autres animaux. Bien que le danger soit le prix de la liberté, ce n'est pas le confort d'un coussin moelleux ni la certitude d'une gamelle pleine qui guident les pas de Balthazar, mais le souvenir d'une amitié, pour lui indéfectible. Car un chat ne renonce jamais, bien sûr, et les témoignages d'animaux perdus parvenant à regagner leur domicile ressemblent beaucoup à cette émouvante histoire.

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