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Une sélection commentée de livres jeunesse s'intéressant aux relations humain/animal.

 

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3 avril 2013 3 03 /04 /avril /2013 19:31

couv histoires naturelles

 

 

 

 

 

 

Écrit par Jules Renard

Illustré par Léon Guichard

Aux éditions Flammarion (GF), 2010

Prix : 3,80 euros

A partir de 10 ans

 

En 1896 naissent, sous la plume de Jules Renard, les très belles Histoires Naturelles, qui seront mises en musique par Maurice Ravel. En quelques lignes, ou dans une courte narration, l'auteur trace le portrait vivant et sensible de la faune sauvage ou domestique qui évolue sous ses yeux. Un rare sens du détail et de l'observation, une langue précise et élégante, donnent à chaque sujet une présence vibrante d'émotion. Le noble cerf comme le répugnant crapaud accèdent à la même dignité, que leur confère le talent de l'auteur. Son imagination fertile, capable de transformer des gouttes de pluie en « perles d'eau », s'apparente à la poésie qui se glisse parfois dans les mots d'enfants, empreints d'humour et de fraîcheur créative, maîtrisée par l'art de l'écrivain.

 

Un regard attentif, capable de saisir l'infime et précieuse pulsation de la vie dans chaque être, est ce qui caractérise cette œuvre. Un regard capable de se défaire des préjugés communs, grâce auquel l'écrivain se fait l'avocat des espèces calomniées (cochon, crapaud, chauve-souris...) et  interroge le rôle convenu que l'humain s'attribue face aux animaux (celui de l'éleveur, du chasseur, du pêcheur...). Il est sans doute important de considérer que le monde dont parle Jules Renard n'avait pas encore connu les mutations survenues dans le nôtre après « la grande boucherie » de 1914-1918, les exterminations massives de 1939-1945, la mécanisation de l'agriculture, le remembrement, l'urbanisation et l'expansion démographique, qui ont forcément changé notre approche de la vie, et de la mort. L'auteur possède une proximité avec la nature que nombre d'entre nous ont perdu et que certains tentent de reconquérir, sur la base de relations nouvelles. Jules Renard, s'adonnant lui-même, non sans quelques scrupules, à la chasse et à la pêche, trace quelques pistes de réflexion, lorsqu'il parle du chagrin causé par la mort d'un animal. Suivons les derrière lui, l'esprit aux aguets : Dédèche, le petit chien euthanasié, l'a été, non parce qu'il souffrait, mais parce qu'il causait du désagrément à ses maîtres. Brunette la vache meurt, entourée de la sollicitude et des regrets de toute une famille (qui la destinait, n'est-ce pas, à l'abattoir ?). Le chasseur tire le lièvre au gîte, et reconnaît, un peu tard, sa lâcheté. Monsieur Vernet, affligé par la souffrance du gibier, puis des poissons, cesse la pêche après avoir cessé la chasse : préserver la vie annoncerait donc la « sagesse » comme une « perte du goût de vivre » ? Une prometteuse amorce de débat philosophique sur un sujet qui intriguera les jeunes lecteurs.

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8 mars 2013 5 08 /03 /mars /2013 20:18

couv-vole-chien.gif

 

 

 

 

 

Ecrit par Roselyne Bertin

Aux éditions Rageot (Heure noire), 2009

Prix : 7.30 euros

A partir de 10 ans

Lorsque sa chienne Zoé disparaît, Arthur ne peut croire à une fugue. Les recherches de ses parents ne donnant aucun résultat, la gendarmerie tâchant de le rassurer, il ne voit par d’autre solution que de poursuivre lui-même son enquête, avec l’aide de ses copains. Campagne d’affichage, exploration systématique des environs, visite des sites d’annonces sur internet occupent ses vacances. Mais lorsqu’enfin Arthur découvre que Zoé, ainsi que d’autres chiens et chats, a été volée pour être revendue par des escrocs, ses talents de marathonien, qui font sa célébrité au collège, ne suffisent pas à lui permettre de leur échapper.

La force du lien qui unit Arthur à sa chienne est parfaitement traduite par la description de l’état émotionnel du jeune garçon à la disparition de Zoë. Comme ses copains, on se sent de tout cœur avec lui. Son enquête, qui le met sur la trace de trafiquants d’animaux, attire l’attention sur le scandale bien réel d’un commerce très mal encadré. Les petites annonces n’en sont que la face visible, l’autre est encore  plus sordide que celle racontée dans cette histoire d’escroquerie. Elle est faite de chiennes élevant portée sur portée dans des conditions misérables, de chiots mal sevrés, dont beaucoup meurent faute de soins, de détentions sordides et de transports éprouvants. Nombre d’associations œuvrent pour mettre fin à ces pratiques. Elles n’y parviendront qu’avec la vigilance de tous, les enfants n’étant pas les moins motivés pour les y aider !

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28 février 2013 4 28 /02 /février /2013 20:30

 

couv orang outan

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ecrit par Valérie Dayre

Aux éditions Thierry Magnier

(Petite poche), 2010

Prix : 5 euros

A partir de 12 ans

 

 

Lorsqu'il annonce à se mère « Je suis le dernier orang-outan », Gaëtan prophétise à la fois son avenir et celui de toute une espèce. En effet, son aspect commence à changer, il ne prononce plus un mot et finalement, se transforme peu à peu en un véritable orang-outan. Dès lors, il n'est plus soigné comme une personne, mais, transféré dans une sinistre cellule du muséum d'histoire naturelle, il se met à dépérir, victime de ce que l'on qualifie d'empathie pathologique.

 

En utilisant le procédé de la métamorphose, Valérie Dayre éprouve les limites que l'humain pose entre lui et les autres animaux. Gaëtan, en devenant Pati-Pato, perd ses facultés intellectuelles, manifestées dans la parole ou l'écriture, montre des signes d'affection déroutants, et sombre dans un mal de vivre dont chacun peut observer les signes. La recherche des causes et des remèdes de sa maladie métaphorique autant que métamorphique moque la vanité d’une certaine science, et l'emballement médiatique autour de ce phénomène inédit, celle des engouements de masse, aussi éphémères que superficiels.

 

Un texte court, dense et poignant, qualités qui caractérisent cette collection originale, plébiscité par les jeunes lecteurs. On ne peut s'empêcher de penser au film de Patrick Rouxel, Green, sur la déforestation en Indonésie, et au regard d'infinie détresse de la petite guenon privée de raison de vivre.

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10 février 2013 7 10 /02 /février /2013 14:21

 couv Cabot

Ecrit par Daniel Pennac

Illustré par Catherine Reisser

Aux éditions Pocket Jeunesse, 2011

Prix : 6.10 euros

A partir de 10 ans 

 

Le chien s’appelle Le Chien. C’est le nom que lui a donné Pomme. Pomme n’est pas sa maîtresse, mais son amie. Pour qu’elle le devienne, Le Chien a dû donner le meilleur de lui-même et ça n’a pas été facile non plus de se faire accepter, et même apprécier par ses parents, le Grand Musc et la Poivrée. Ayant échappé de peu à la noyade, recueilli et élevé par une chienne dans une décharge, Le Chien a connu la débrouille, la peur, la solitude et l’errance. Cette famille, qui l’adopté et sauvé de la mort à la fourrière, cédant à l’insistance d’une petite fille, lui a d’abord causé bien du chagrin, le pire ayant été l’indifférence soudaine de Pomme. Ne se sentant plus exister, Le Chien a pris la fuite. Grâce à sa rencontre providentielle avec le Hyéneux qui lui a enseigné l’essentiel pour améliorer ses relations avec les humains, il a repris confiance en la vie. C’est avec sa complicité et le secours d’alliés aussi inattendus qu’une troupe de chats et de chiens menant une spectaculaire et hilarante opération commando en appartement, que Le Chien aide finalement lui-même Pomme à grandir : elle est désormais moins « mélangée », moins soumise à l’emprise de ses caprices. Capable de constance, d’attention et de respect, elle se change en une amie parfaite, dont Le Chien se flatte d’avoir réussi l’éducation.

La construction du récit, qui opère des retours en arrière, permet de mettre en évidence les souvenirs traumatiques du chien, et en perspective le but qu’il s’est fixé. Elle intègre des références parfaitement réalistes (survie dans la décharge, arrêtés municipaux) aux licences de l’imagination  (entretien et surveillance du cimetière canin par des chats, représailles animalières contre les auteurs d’abandon), suscitant une vive empathie pour Le Chien et ses compagnons de misère ou d’aventures.

Par ce roman, Daniel Pennac s’impose comme un parfait ambassadeur de la gent canine et un excellent connaisseur de ses rapports avec le genre humain. Opérant un léger décalage de point de vue sur la société, observée à hauteur de truffe, prêtant aux animaux une parole que leur langage et leur comportement rend crédible, il cible les travers des humains qui se révèlent si bien à leur contact. On noie un chiot parce qu’il est moche, on élimine les chiens errants de la ville pour la rendre agréable aux touristes, on feint la compassion en accomplissant un sale boulot, on abandonne sans vergogne. La Poivrée, obsessionnelle fée du logis, trouve Le Chien malsain, tandis que le Grand Musc, égoïste invétéré en perpétuelle démonstration de force, abrège au minimum les sorties en laisse, sans intérêt pour lui-même. Les personnages les plus sympathiques sont aussi les plus décalés, comme le boucher à l’odeur de lavande, l’acteur qui gâte ses chats, le sculpteur au grand cœur. De connivence avec son lecteur, l’auteur lui confie, à la fin du livre, sa propre expérience d’ami des chiens et conclut en ces termes « Quand on choisit de vivre avec un chien, c’est pour la vie. On ne l’abandonne pas. Jamais. Mettez-vous bien ça dans le cœur avant d’en adopter un. »

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26 janvier 2013 6 26 /01 /janvier /2013 18:41

couv Tom gorille

Écrit par Jeanne Willis

Traduit de l'anglais par Florence Meyeres

Aux éditions Gallimard (Folio jeunesse, histoire courte), 2005

Prix : 5, 30 euros

A partir de 9 ans

 

 

Tom a beaucoup de choses à dire, mais il ne parle pas. Il aime se rendre au zoo, et passer du temps avec les animaux, eux aussi dépourvus de parole. Mais, grâce à sa finesse d'observation, il n'a pas son pareil, parmi tous les visiteurs, pour déchiffrer ce qu'expriment leurs attitudes. C'est là qu'il fait la rencontre de Zanzi la gorille qui, le même jour que sa maman, donne naissance à un bébé. Tom découvre, surpris, que Zanzi, tout comme lui, maîtrise la langue des signes ! Lorsqu'elle lui apprend que son bébé lui a été enlevé, il met tout en œuvre, quitte à prendre de grands risques, pour le lui rendre.

 

A travers le regard pénétrant de Tom, nous parvenons à ressentir les émotions des animaux vivant en dehors de leur milieu naturel et leurs difficultés à s'adapter à un univers réduit à la dimension de leur enclos. Leur comportement est fidèlement restitué par l'auteur, qui n'épargne pas ses critiques envers les visiteurs irrespectueux à leur égard, ni envers le directeur pour qui ils ne représentent qu'une source de revenus. Le gorille, par ses similitudes avec l'être humain, rend évidents les sentiments, chagrins et désirs, communs aux deux espèces. L'attachement maternel en est sans doute une des plus indéniables manifestations. Tout aussi vivace chez d'autres animaux, il est pourtant communément ignoré lorsque, dans les fermes, les petits mammifères sont systématiquement retirés à leur mère pour faire commerce de leur lait. Mais Tom, lui, face à cette mère gorille malheureuse, refuse de détourner le regard. Porté par une énergie qui le transforme, il parvient à renverser une situation qui le révolte et devant laquelle il était au départ totalement démuni.

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29 décembre 2012 6 29 /12 /décembre /2012 17:25

Couv lapins forêt

Écrit par Michel Piquemal

Illustré par Cécile Geiger

Aux éditions Hatier poche

(Histoires vraies d'animaux), 2009

Prix : 4,90 euros

A partir de 6 ans

 

Un geste anodin, un mégot lancé par la fenêtre d'une voiture, déclenche une véritable catastrophe. Parti d'un feu de brindilles, un incendie se propage dans toute la forêt, créant la panique parmi ses habitants qui tentent désespérément de fuir les flammes tueuses. Finette la lapine en réchappe grâce à l'aide d'un gros lapin roux, mais elle ne reverra plus jamais ni son logis, ni sa famille.

 

La collection « Histoires vraies d'animaux » s'adresse aux lecteurs débutants et leur permet de prendre conscience de la réalité de la vie sauvage, mais aussi de l'impact que les activités, ou même la simple présence humaine, peuvent avoir sur elle. Ici, à travers la course contre la mort d'une lapine, le lecteur découvrira la vague de terreur et de destruction qu'engendre un incendie parmi les habitants de la forêt. Le texte est court, concis, efficace, porté par une illustration qui matérialise le nombre et la diversité des victimes d'une simple négligence. Dans d'autres cas, hélas, il pourra s'agir d'un acte délibéré dont l'enfant mesurera, désormais, les terribles conséquences, tant sur la flore que sur la faune.

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17 décembre 2012 1 17 /12 /décembre /2012 12:46

couv secrets de Zoë

 

Les Secrets de Zoë, tome 1

Écrit par Tanya Stewner

Traduit de l'allemand par Isabelle Enderlein

Illustré par Anne Montel

Aux éditions Bayard jeunesse (Estampille), 2012

Prix : 11,90 euros

A partir de 9 ans

Lorsque Zoë arrive dans sa nouvelle école, elle se retrouve exclue par les autres enfants, comme d'habitude. Elle possède, en effet, un secret, et bien qu'elle tâche de le dissimuler, elle s'attire toujours la méfiance et la moquerie des autres. Cependant, ayant fait la connaissance de son petit voisin Esahi, et elle découvre que lui aussi possède un don particulier. Lui a des capacités intellectuelles hors du commun et Zoë, quant à elle, peut  redonner vigueur aux plantes et surtout, communiquer avec les animaux. Cette faculté exceptionnelle va s'exercer au cours d'une visite de classe au zoo, où il lui est impossible de passer inaperçue. Mais au lieu de lui attirer des ennuis, elle  lui sert, au contraire, à aider une éléphante malade, mais aussi à être sauvée de la noyade par un ours blanc. La popularité est dès lors acquise à Zoë auprès de sa classe, et son amitié avec Esahi bénéficie à tous deux, puisqu'ils osent enfin chacun afficher leur différence.

 

Bien que les animaux jouent un rôle essentiel dans cette histoire, ils n'en sont pas le thème prépondérant. Celui-ci tourne plutôt autour des difficultés qu'il peut y avoir à s'affirmer seul face au groupe, à reconnaître ses différences et à en tirer parti plutôt que de chercher à se fondre dans la masse au risque de perdre sa véritable identité. Mais la capacité de communiquer avec les animaux que possède Zoë, avec son côté sensationnel, permet cependant d'aborder la question de leur ressenti et de leur subjectivité. Au zoo, ils sont avant tout, pour les visiteurs, des objets de distraction, d'étonnement ou d'amusement, et bien peu se soucient de la façon dont ils vivent leur captivité. Zoë est elle-même tentée de jouer l'indifférence jusqu'à ce qu'Esahi l'oblige à cesser de refouler sa nature profonde en répondant à leur appel. Il lui fait découvrir le « courage civique » et, lui prodiguant des conseils bien intentionnés, s'oblige lui-même à les suivre. Un concept qui parlera sans doute aux jeunes lecteurs amis des animaux...

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12 décembre 2012 3 12 /12 /décembre /2012 18:16

 couv le meilleur chien

 

Ecrit par Michael Morpurgo

Illustré par Michael Foreman

Aux Editions Gallimard Jeunesse (folio junior) 2010

Prix : 5.90 euros

A partir de 9 ans.

Ayant échappé à la noyade grâce au courage du jeune Patrick, qui a plongé pour sortir de l’eau le sac où il était enfermé avec ses frères, Copain, un magnifique lévrier,  passe ses premiers mois, heureux, dans la famille de son sauveteur. Hélas, leur belle amitié est détruite par un éleveur aussi cupide que cruel qui, ayant repéré en lui un futur champion, vole le chien pour l’entraîner aux courses. Sous le nom d’Eclair, le lévrier entame une nouvelle vie et trouve opportunément  chaleur et réconfort auprès de sa belle-fille, Becki. L’homme malfaisant ne saurait remplacer son père et c’est au péril de sa vie qu’elle soustrait Eclair à sa cruauté. Leur fugue les conduit dans une ville où, tandis que Becki est hospitalisée, Eclair est recueilli par le vieux Joe, propriétaire d’un fameux « Patatobus ». Sous le nom de Paddywack, le chien lutte aux côtés de son nouveau compagnon pour sauver une maison de retraite de la fermeture, et fait le bonheur de tous ses pensionnaires. Après leur victoire, le vieil homme et le chien peuvent enfin poursuivre une vie simple et paisible à bord d’une péniche. Personne ne pourra désormais les séparer.

A travers ses trois vies successives, le chien se montre un parfait modèle d’affection et de fidélité, apportant à chaque humain auquel il se lie le soutien dont il a précisément besoin. Seul l’éleveur s’intéresse à lui non pour ses qualités affectives, mais pour l’argent qu’il pourra lui rapporter. Ce personnage tellement odieux pourrait paraître caricatural. Or il n’en est rien. Ses infâmes pratiques sont chose courante dans le milieu des courses de lévriers. L’Espagne, en particulier, s’est acquis une sinistre réputation en ce domaine pour les mauvais traitements qu’y reçoivent les malheureux chiens « galgos », souvent pire encore que ceux décrits dans ce roman. L’histoire bouleversante de Copain-Eclair-Paddywack pourrait inciter le lecteur à s’intéresser à ce sujet.

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8 décembre 2012 6 08 /12 /décembre /2012 20:20

couv les animaux reviennent

Écrit par Michael Krüger

Traduit par Didier Debord

Illustré par Quint Buchholz

Aux éditions Petite Plume de Carotte, 2012

Prix : 14,50 euros

A partir de 10 ans

 

Cela a commencé par l'invasion d' insectes piqueurs dans cette ville allemande surchauffée par les derniers mois d'été. Puis arrivèrent des moutons, suivis d'une vache et d'une gazelle, qui prirent, avec le plus grand naturel, possession des rues et des parcs pour y mener une vie paisible et tout à fait campagnarde. N'avait-on pas déjà vu renards et ratons laveurs, chassés de leur habitat, déambuler autour des poubelles ? Pendant ce temps, une odeur fétide de déjections se répand dans l'air. Peu à peu, la ville, colonisée, devient « le lieu de prédilection de tous les animaux mécontents de leurs conditions de vie ». La sentence du vieux fermier ami des bêtes : « Les animaux reviendront et ils se vengeront », serait-elle en train de se réaliser ? Inutile de chercher à fuir, ailleurs, dans d'autres pays, il en est de même. L'histoire s'achève sans réponse à cette question : « Où tout cela nous mènera-t-il ? »

Étonnant petit roman illustré à l'atmosphère surréaliste, cette fiction aux allures de fable pointe les discordances dans les relations que les humains entretiennent avec les animaux, et les incroyables contradictions qu'elles engendrent sans qu'ils s'en avisent. Profondément enfoui sous les habitudes et l'indifférence, un vague sentiment de culpabilité et de malaise cherche à s'exprimer. Il est mis à jour par cette belle création littéraire d'envergure philosophique fondée sur une hypothèse éclairante : « Cette séparation entre l'homme et l'animal que nous avons instaurée il y a fort longtemps, les animaux ont unilatéralement décidé de l'abolir. » Quelles en seront les conséquences ? Grâce à leur sensibilité et à leur imagination, les enfants pourraient être mieux à même que leurs aînés de percer ce mystère.

 

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18 novembre 2012 7 18 /11 /novembre /2012 17:02

couv oeil du loup

 

Ecrit par Daniel Pennac

Aux éditions Pocket Junior, 2002

Prix : 4,60 euros

A partir de 9 ans

 

Loup bleu vit seul dans sa cage au zoo. Perdrix, sa compagne vient de mourir. Mais sa solitude est un jour troublée par la présence d'un jeune garçon, Afrique, qui se tient, paisible et muet devant lui. Loup bleu décide d'abord de l'ignorer, puis se laisse vaincre par son attente patiente. Lors de sa capture, il a perdu l’usage d’un œil, qui reste fermé. Lorsque le garçon ferme, dans un mimétisme engageant, un de ses yeux, il lui accorde un regard de son œil unique et le laisse accéder à travers lui à ses souvenirs de loup libre en Alaska. Afrique lui raconte à son tour l'histoire de sa vie : comment il fut confié à un marchand pour échapper à la guerre, comment il devint complice avec son dromadaire contre sa cupidité, comment il devint le berger le plus doué du roi des chèvres et comment, apprécié de tous pour son talent exceptionnel de conteur, il fut recueilli par une famille contrainte de quitter la forêt rasée par ceux de « l'autre monde » pour chercher dans leur pays une chance de survivre. C'est dans un zoo que papa M'Bia trouva un travail et qu'Afrique reconnut les animaux qui, tout au long de sa vie, étaient devenus ses amis.

 

La densité émotionnelle de ce roman de Daniel Pennac lui a valu une juste réputation dans la littérature jeunesse. Un dialogue s'installe entre l'animal sauvage fait prisonnier et l'enfant victime, tout comme lui, de la violence des hommes. Leurs histoires se répondent et leurs destins se rejoignent. L'acharnement des chasseurs contre les loups en Alaska, la détresse des animaux enfermés dans les zoos, la destruction de la forêt, habitat de peuples et d'espèces menacés  apparaissent dans toute leur sinistre réalité sans jamais laisser place à l'apitoiement. Les responsables de ces méfaits restent dans un anonymat collectif : ce sont ceux de « l'autre monde », celui auquel Afrique, Casserole le dromadaire ou Paillette la louve n'appartiennent certainement pas, étrangers à la cupidité sans fin qui les motive.

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